I

rien ne peut s’accomplir ensuite

un unique effort capital

léger souffle d’une victoire silencieuse

retombe sur soi-même et rebondît

comme la balle s’use

à chaque fois de revenir au sol

 

joue aux apparences et noeuds

temporaire noyau du problème

qui s’esclandre pour s’étendre

se tait pour dormir

les loyaux services du repos

s’offrent aux poursuivants

d’images déchiffrées

vieilles comme les songes

 

la vérité porte un code

face aux intrus de mon genre

elle se ferme et semble gémir

un son arythmétique et linéaire

les sources aveugles se jettent tout contre

avec la fougue d’un sage en construction

cassent leurs ongles et perdent leurs cris

 

Ô ravages de l’attente

foulures de la vie

ternes paysages obligatoires

jallons de sursis

nos parois cèdent

coagulent avec la terre

et de votre sein affranchi

coule la sève préliminaire

II

je n’ai pas vu à temps

venir à moi l’hiver

dans ma première heure

d’y voir la dernière

mais de l’oublier aussitôt

cyclope auto-spectateur

de quelques mètres

plus grand que moi-même

debout sur ma raison d’être

face aux brises glacées du doute

mon oeil borgne me figure en entier

prêt à bondir au dehors

III

se brise contre moi, ton spectre

casse ton corps contre ma vie

emprisonnée du mal d’electre

absorbée par ton poison déni

 

au dehors de toi je reste

simple adhésif face aux jours

lorsque le seul choix te leste

tout te survit autour

 

je voulais le faire avant toi

maintenant je ne peux plus

alors que ceux que j’aime me voient

en faire mes fantômes vaincus

 

mes poings peinent à contenir

cette force qui les attire aux coups

toi qui n’a su être ni devenir

emporte ce que j’ai de dissoud

IV

Les canvas de paroles ne sont pas nos images internes

ils n’indiquent que couleurs et motifs et induisent en mensonge

les strates de l’imaginaires se gargarisent de structures

et crachent un tissu de retenues tissé avec des cendres

somme de l’être est l’absolu de son inconscience

semblable à l’arrière insoumis de celui qui fait face

par ses yeux il perçoit le monde et ses lumières

et feint d’avoir le souvenir de l’étreinte du temps sur sa nuque

 

Quand se parre l’éxistence de ses armures inutiles

aux reliefs et fentes laissés par l’usurre imparfaite

Quand sincère de morale la vie ne peut que s’abrutir

créditée par ses règles aux parfums de défaite

Quand confondue avec d’autres et mélangée à elle-même

la pensée n’évoque plus que la sensation d’avoir eu

Quand les liaisons s’indiffèrent perdant rameaux et fruits

certaines de leur sagesse pour faire face au noir

Quand insensible de douleur  la peau se creuse de ne plus

rien toucher d’autre qu’elle même

Quand cerné de raison le courage se suicide

Quand?

 

somme de l’homme est l’absolu de son incohérence

semblable à la banière insoumise de ses propos

par sa bouche il goûte l’immonde et ses misères

et feint d’avoir son âme perchée sur sa nuque

V

Je  suis un rêve de seconde main

pendu à tes lèvres qui ne bougent pas

VI

Tu écris, tu es dépossédée, tu te mélanges

Tu voudrais reprendre ce que tu crois être à toi

Ce que tu m’as abandonné

Tu voudrais qu’après tout, jeté au vent

Le sable revienne t’empécher de voir

Comme un chien domestique, ton amour

VII

Nous étions disposés à nous couvrir l’un l’autre, à garder le secret de nos fuites respectives. Nous avions décidé de ne pas regarder en arrière et pourtant le ressac des écumes passées se cassait sur notre dos, nous éloignant de plus en plus de quelque chose  de terrestre. Etres sous-sentimentaux, à l’abri sous le plaisir de s’enlacer. Nous avons enlevé nos prêts-à-vétir pour piquer ça et là quelques guenilles précaires, nous avons dormi sur la rue et empli de nos sons et cris les dédales de cette ville qui n’était plus notre ville.

 

Nous étions disposés, côte à côte, à fixer le plafond de poussière qui nous masquait les nuages. A prendre parti pour l’oubli, retenir notre respiration pour toucher le bleu étouffant, touchés par l’angoisse, muets d’inquiétudes comme les paysages orangés. Nos jeunes visages déformés par l’instinct, se fixant sans relâche, s’aimant de vouloir devenir l’autre. Se haïssant soi-même pour la peine que l’on inflige sans discontinuer.

 

Nous étions disposés là, corps offerts au mouvements lents qui nous séparent de nous même, affaiblis par l’insomnie et par l’amour de l’offense. Pénetrés de toute part par la beauté de l’autre, par la méchanceté de l’autre, par la perte de l’autre. Acquiessant à tout ce qui meurtrit, tout ce qui casse.

 

Avant de vivre, il y’a une tristesse, née d’autres nous-mêmes elle se profile au loin de notre ascension comme un crépuscule désespérant taché de honte, nous sommes tombés au centre d’une machine qui donne des coups à l’aveugle, un boulier électrique qui compte nos erreurs et décharge son courant dans nos ventres. Notre perception est devenue latente et chargée d’images douloureuses et au fond, tout au fond de nous deux, dans la part qui appartient à l’autre, l’image d’un vide qui peine à s’étendre.

VIII

Moi,

source de l'image

d'une ignorance feinte

 

Soi,

reflet semblable au miroir

amalgame de l'intime

 

Toi,

philtre d'être

d'une délicate réalité

 

Il,

paysage du possible

aux reliefs perçus

 

angle mort du décrire

lumineuse vérité

 

Du sillage d'un mot

se débat pour en sortir

l'objet de sa raison